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Photographier les Jeux Paralympiques – Interview de Yonathan Kellerman

Yonathan Kellerman est l’un des photographes de Mon Cours Photo dont vous avez peut-être déjà suivi les cours à Paris. Au-delà de son activité de prof, il est photographe freelance spécialiste de la photo de sport. C’est à ce titre qu’il est parti cette année à Rio pour photographier les XVes Jeux paralympiques d’été qui se sont déroulés du 7 au 18 septembre dernier. À son retour, il nous parle de son expérience à Rio.

 

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MCP : Peux-tu nous expliquer comment t’es venue l’envie de photographier les Jeux paralympiques, et quel était ton objectif en allant à Rio ?

YK : Ce sont mes deuxièmes Jeux paralympiques en tant que photographe, et, avant cela, j’avais assisté à 3 Jeux olympiques en tant que spectateur. Mes premiers JO ont été ceux de Sydney, en 2000. L’année coïncidait avec la fin de mes études, et je rêvais d’y aller depuis mes 16-17 ans. Ensuite, j’ai assisté aux JO d’Athènes, en 2004, puis de Londres, en 2012.

À Londres, une grosse campagne était organisée sur les Jeux paralympiques qui avaient lieu après les JO. Je pensais que c’était la bonne occasion d’aborder un événement sportif de cette envergure, d’autant plus que les accréditations n’étaient pas encore trop difficiles à obtenir.

Ça a été une très belle expérience. Je me suis beaucoup concentré sur l’athlétisme à Londres et j’ai mis l’accent sur l’esthétisme des photos, en jouant notamment sur le flou et le mouvement.

À Rio, je voulais aller plus loin. Je voulais couvrir plus de sports et aller au delà de ma spécialité qui est l’athlétisme. J’avais aussi envie d’aller au-delà de l’esthétisme et essayer de montrer plus d’émotions, en me rapprochant ainsi du type de photos que l’on peut trouver dans la presse.

 

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MCP : Quels sports as-tu photographié à Rio cette année ?

YK : En plus de l’athlé, j’ai découvert le tennis de table et le volleyball assis, que je n’avais jamais photographié auparavant. Et puis j’ai suivi le rugby en fauteuil, le basket en fauteuil, le tennis en fauteuil, le cécifoot (sorte de football pour déficients visuels, avec un ballon sonore), et un peu plus de cyclisme et de judo qu’à Londres.

J’aurais aimé découvrir davantage de sports, notamment l’aviron et le cyclisme sur route, mais, du point de vue logistique, c’était compliqué car les moyens de transport étaient limités et les lieux éloignés les uns des autres. Je me suis concentré sur les disciplines à l’intérieur du parc olympique.

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MCP : À quoi ressemblaient tes journées ?

YK : Je m’organisais de manière à essayer de photographier le plus de sports dans la journée. Je regardais le tableau des horaires et des lieux des différentes disciplines et je planifiais mes journées en conséquence, en tenant compte du temps de transport. Je voulais aussi voir certains sportifs en particulier, notamment des athlètes que je connaissais déjà de Londres.

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En général, j’allais voir un ou deux sports collectifs le matin, et l’athlétisme en fin de journée, car le stade d’athlétisme était très éloigné des autres lieux et il fallait environ une heure de plus pour y aller. Il fallait compter le temps de sortir d’un lieu et d’entrer à travers le checkpoint d’un autre où les scanners étaient systématiques. Donc, je gardais l’athlé pour la fin de la journée. Je commençais à trier mes photos dans les transports sur le retour, et je terminais une première sélection de 30 photos chez moi. Je revenais avec 3000 photos environ en fin de journée, et ça, après en avoir éliminé plusieurs centaines déjà dans le boîtier. Mon collègue finissait sa journée avec une caïpirinha sur la plage en face de notre appart… Avec 5 heures de sommeil par jour pendant 11 jours d’affilée, je préférais me mettre direct au tri et à la retouche avec la pizza ou l’omelette à côté de l’ordi, avant de me coucher direct après une douche bien méritée !

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MCP : Avec quel matériel as-tu photographié ?

YK : Je suis parti avec le D4 de Nikon et j’ai emprunté le D5 sur place. Sur des événements de ce type, les services pros de Canon et Nikon sont présents sur place et prêtent du matériel.

Il est indispensable d’avoir deux boîtiers avec deux focales à disposition en permanence sur des événements comme ça pour pouvoir réagir lorsque les athlètes bougent et se rapprochent de toi par exemple. Au niveau des focales, j’avais un 24-70 que je n’ai pas trop utilisé, un 16-35 pour les plans larges de stade par exemple, un 70-200 que j’ai utilisé pour le basket et le rugby fauteuil. J’ai aussi emprunté des optiques plus précises (et plus chères !) à Nikon : un 200-400 mm (f. 4), un 500 et un 600 mm f/4 qui sont devenues mes armes principales.

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MCP : Quelles ont été les difficultés, les contraintes auxquelles tu as dû faire face ?

YK : Les JO ont « emprunté » une partie du budget des paras, malheureusement. Cela a engendré un paquet de contraintes logistiques. Cela s’est ressenti au niveau des transports notamment, qui ne circulaient guère plus d’une fois par heure. Il y avait aussi moins de personnel, et des points d’accès plus limités aux stades ou aux gymnases, qui nécessitaient souvent d’en faire le tour avant de pouvoir y entrer. Tout cela a fait que le temps était extrêmement serré, et il fallait parfaitement calculer son timing pour arriver à l’heure aux épreuves auxquelles on voulait assister.

Il fallait aussi être très vigilant avec son matos. Il y a eu plusieurs vols à Rio, et donc on prenait des dispositions supplémentaires qu’on n’avait pas l’habitude de prendre, comme éviter certains transports publics, par exemple, ou verrouiller sa valise photo à la plateforme d’où on photographiait.

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Une autre difficulté était le fait de ne pas être rattaché à une fédération ou à un organisme. Je suis parti en freelance et j’avais envie de photographier le plus de sports possible, j’étais donc plus dispersé. Lorsque l’on travaille pour une fédération ou pour un pays, notre travail est plus focalisé.

Les sports collectifs sont, comme d’habitude, toujours aussi difficiles à photographier. Il y a beaucoup plus de déchets car les actions sont largement plus imprévisibles qu’en athlétisme par exemple. Tu peux être à un bout du terrain alors que l’action se passe à l’autre bout, et alors c’est raté pour toi. J’aurais aimé obtenir des images plus saisissantes de ces sports. Le luxe en athlétisme, c’est que si tu connais les athlètes, souvent, tu sais ce qui va se passer, c’est beaucoup plus facile à gérer.

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MCP : Qu’as-tu appris à Rio, que retiens-tu ?

YK : Je suis content d’être revenu avec quelque chose de différent de Londres. J’ai appris à guetter certains moments, notamment les moments d’émotions dans différents sports.

J’ai aussi appris à mieux connaître les qualités de certaines optiques et en découvrir des nouvelles, et mieux utiliser un boîtier que je connaissais pourtant déjà très bien (le D4) et en apprivoiser un nouveau (le D5). Il existe plein d’options possibles (notamment dans la mise au point) que j’ai pu approfondir. Je suis content de cet apprentissage technique plus poussé.

Néanmoins, j’ai préféré le reportage que j’avais fait à Londres. Je le trouve généralement plus impressionnant que celui de Rio, même s’il est moins complet. Je voulais des photos qui rendent compte des émotions plutôt que des photos très esthétiques. Mais j’ai manqué d’un peu d’anticipation pour certains moments. Il y avait aussi  la fatigue. C’est un peu frustrant, mais je me dis que c’est une partie intégrante de la photo sportive, on ne peut jamais tout faire ou capter, peu importe son niveau.

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MCP : Quel est ton objectif maintenant, à partir de ces photos ?

YK : Mon but, en photographiant le handisport, est de montrer qu’il s’agit avant tout d’athlètes de haut niveau, et de leur donner la visibilité qu’ils méritent. D’aller au delà du sentiment de pitié et d’être émerveillé par leur capacités au lieu de se morfondre devant leur handicap.

L’objectif est d’organiser une expo photo d’ici la fin de l’année avec des organismes de la ville de Paris. Nous sommes en discussion, affaire à suivre !

Je vais aussi mettre en avant ces photos sur mon site Internet et les réseaux sociaux. Il arrive que les sportifs les voient et veuillent les acheter. C’est ce qui est arrivé pour l’une de mes photos de Rio, un portrait d’une athlète australienne. J’en suis content car c’est l’une de mes photos préférées, et c’est arrivé le jour où je me suis fait voler mon téléphone portable. Ça a été la bonne nouvelle de ma journée !

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Retrouvez la galerie de photos de Rio de Yonathan Kellerman sur : www.ykellerman.com/rio2016

 

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